Le corps | 1

« Avoir et être un corps » par Norbert Macia

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Nous avons tous un corps, ça nous le savons. Nous le savons, cependant c’est pour cette même raison que nous l’ignorons parfois, le maltraitons, le relayons au simple rôle utilitaire de véhicule, lorsqu’il n’est pas détourné uniquement à des fins de faire-valoir social.

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Avoir et être un corps

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Notre corps n’est pas qu’une machine ou un perchoir à envies.

Notre corps n’a de cesse de nous crier chaque jour qu’il est, qu’il fait partie de nous, à part entière, de consort avec l’ensemble de notre système nerveux (et donc notre cerveau). Chacun de nos muscles possède ainsi des relais (neuro-moteurs) qui sont des extensions de notre cerveau réparties tout le long de notre corps. Le dialogue entre la France d’en haut et celle d’en bas est donc permanent. Les mots que le corps utilise, lorsqu’il souffre, sont les maux qu’il exprime. Les mots que le corps utilise, lorsqu’il exulte, sont le plaisir et la volupté qu’il procure, les sensations de solidité et d’assurance qu’il nous renvoie, l’équilibre et l’agilité qu’il déploie lorsque ses marges de manœuvre et d’existence ne sont pas restreintes ou contraintes. Notez que je parle de lui, le corps, alors qu’il s’agit toujours et encore de moi, de nous.

Nous voyons que le rapport que nous entretenons avec notre corps, notre physique, si nous le pensons uniquement comme tel, détermine grandement le rapport que nous aurons avec les autres et le monde.

Un rapport « oublieux » de notre corps entrainera sans doute, dans certaines situations d’intimité ou d’exposition, un rapport « gêné » ou « gauche » avec les autres.

Un rapport « hyper-conditionné » de notre corps entrainera un rapport « formaté » ou « rigide » avec les autres.

Cette terrible maladie qui  ne frappe que les gens jeunes, la vieillesse, éprouve les corps, mais pas seulement. Nous pouvons constater qu’elle n’affecte pas uniquement les corps des personnes avançant dans l’âge, mais bien leurs rapports sociaux, leurs vies tout entières, qui deviennent parfois un véritable handicap.

Les premiers signes des atteintes se portent sur la locomotion et l’équilibre.

En avançant dans l’âge et en s’installant confortablement dans la sédentarité, nous reculons dans le même temps vis-à-vis du dynamisme et de l’équilibre. Nous faisons alors naturellement moins d’efforts (marche, déplacements divers, statique…) ce qui favorise la sédentarité et nous rend, immanquablement, moins résistant à l’effort.

C’est de cette façon que l’on en vient, progressivement, à ne plus pouvoir marcher, à ne plus pouvoir tenir en équilibre, debout sur une jambe, pour enfiler une chaussette. La locomotion et l’équilibre sont les points vigilance lorsque l’on avance dans l’âge.

La chaussette est, de ce point de vue, la meilleure amie de l’Homme. C’est elle qui sonne l’alerte en premier.

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Corps & Corporéité

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En français, il n’existe que le mot « corps » pour décrire les réalités de notre corps. En allemand, dans la philosophie existentielle de Martin Heidegger, la « corporéité » se distingue du « corps biologique ». Ainsi, le corps se dit et s’entend de deux manières :

  1. Körper : pour désigner la réalité et la dimension physiologiques du corps. Nous dirions, en français, les aspects plastiques, physiologiques, biologiques et mécaniques.
  2. Leib, Leiben : pour désigner le corps comme « chair », un corps pensé et un corps pensant, un corps mémoire, un  corps incarné, « une manière d’être corporel ou « corporant » ». (1)

On voit donc que ce qui est bien souvent le centre de nos préoccupations est le corps biologique, alors que le corps pensé, incarné, la présence au corps, restent une préoccupation moindre, voire inexistante. C’est pourtant cette seconde inclinaison qui détermine beaucoup de choses dans notre rapport à nous-mêmes et aux autres, ainsi que la conscience des deux positions (Körper/Leib).

La société occidentale tend à soigner, panser, le corps biologique de l’Homme à défaut de penser sa corporéité. C’est-à-dire cette façon singulière dont l’être humain est et existe son corps.

Cette manière d’être son corps, toujours selon Heidegger, est singulière à chacun. Il ne s’agit donc plus d’avoir un corps musclé, svelte, proportionné ou botoxsé. Ceci peut être accessible à tous. Il s’agit de développer une conscience singulière, propre à chacun, de notre être incarné.

Incarné signifie ici : toujours en conscience de la spatialité et de la temporalité au monde. Ce que Heidegger désigne comme une caractéristique propre de l’être humain : « être-au-monde ».

Une des possibilités pour se reconnecter à notre corporéité est la méditation.

La méditation, non pas comprise dans une dimension mystique ou même spirituelle, mais simplement – comme le souligne très justement Fabrice Midal (2) – dans une manière d’avoir le droit d’être-là, posé sur le sol, d’ « être-le-là », c’est-à-dire le lieu, par lequel nous entrons pleinement en conscience avec notre corporéité.

Cela ne signifie aucunement que les exercices ou pratiques strictement physiques doivent être abandonnés, ou négligés, au profit de pratiques comme la méditation. Bien au contraire, il s’agit d’avoir l’esprit ouvert, comprendre que la complétude de notre rapport à notre être, notre être corporel et physique, notre être au monde, passe par ces deux positions qui sont -à mon sens- complémentaires. Apprenons à ne plus opposer l’Orient à l’Occident.

Ce que l’on nomme « stress », ce qui affecte tant nos contemporains, réside peut-être dans le fait  que nous sommes très mal posés, ancrés, en nous-mêmes lorsque nous sommes statiques et très peu en dynamique lorsque nous sommes en mouvement. Ce qui se perd ou se disperse ainsi en énergie, tourne « à vide », en nous. Pour le dire autrement : nous sommes généralement trop agités lorsque nous nous posons, et trop peu en mouvement lorsque nous nous déplaçons et cela n’est pas sans liens avec nos modes de vies, notre rapport à l’espace et au temps.

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Bibliographie recommandée

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1. Apprendre à philosopher avec Heidegger, Edith Blanquet, Éditions Ellipses, Paris, 2012

2. Méditations, 12 méditations guidées pour s’ouvrir à soi et aux autres, Éditions Audiolib, Coffret 2 CD + un livre, Paris, 2011

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L’auteur

Norbert Macia, éducateur sportif de son premier métier, après 10 années d’expérience dans le secteur du sport et des loisirs, Norbert Macia se reconvertit, en 2006, au coaching professionnel auprès des particuliers et des entreprises. Diplômé de l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence en 2005, il s’oriente vers un troisième cycle universitaire en coaching qu’il obtient en 2006 à la Faculté d’Économie Appliquée d’Aix-en-Provence.

[Portrait de Norbert : Studio Italiano.fr]

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Mise en ligne : 04 avril 2013

 

 

 

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