L’hypnose existe-elle ?

Nathalie Roudil-Paolucci – jeudi 13 septembre 2012 – Développement personnel   


 

L’hypnose, un sujet qui relance indéfiniment la question de sa genèse, de son histoire et de son entendement. Où faut-il aller pour comprendre l’hypnose ? Existe-t-elle vraiment ?

L’hypnose existe-elle ?

Le tonneau des Danaïdes.

La conception constructiviste, la physique quantique, le principe d’indétermination de Heseinberg, l’observation qui influe sur un système donné, la contrafactualité, etc., de nombreuses constatations et interrogations conduisent à penser que nous puissions créer la réalité à partir de nos observations et de nos représentations du monde.

On trouve dans l’histoire de l’hypnose d’hier et d’aujourd’hui des transitions et influences halées de toutes contrées et de tous temps comme le chamanisme, les transes ritualisées, les méditations, le magnétisme animal (voir Mesmer), les exorcismes, les manifestations médiumniques, les sciences occultes, les mouvances du new âge, les orientations « métaphisico-spirituelles », les principes du pouvoir de la suggestion, l’hypnose de spectacle, l’hypnose ericksonienne, l’hypnose nouvelle, etc.

Chacune de ces pratiques liées plus ou moins aux mystères insondables de l’être humain s’est arrogée, sous le couvert du manifeste et de la conviction, des lois de la transcendance ou de l’immanence. Chacune verse dans le tonneau sans fond des interprétations tirées de sa culture, de ses croyances, de ses désirs, des ses représentations, jusqu’au point de créer des théories et quelques  « bon » protocoles cristallisés.

La conception constructiviste marque « une rupture avec la notion traditionnelle selon laquelle toute connaissance humaine devrait ou pourrait s’approcher d’une représentation plus ou moins « vraie » d’une réalité indépendante ou « ontologique ». Au lieu de prétendre que la connaissance puisse représenter un monde au-delà de notre expérience, toute connaissance est considérée comme un outil dans le domaine de l’expérience. » []Ernst von Glaserfeld.

Mais alors qu’est-ce que l’hypnose ? Pourrait-on comprendre que toutes les expressions rituelles, expérimentales et doctrinales de l’hypnose ne sont que des  substrats et des avatars des subjectivités culturelles ?

La multiplicité des formes de l’hypnose et la difficulté à la faire rentrer dans une des cases de la science, ses mystères, ses narrations, ses miracles, ses idées reçues interrogent, suscitent chez un bon nombre de personne de la méfiance et des contestations. Des expressions « Je n’y crois pas », « Je ne suis pas hypnotisable » nous en disent long sur sa situation actuelle et sur les allégories d’une grande partie du public.

Qu’est-ce à dire ? Courrait-il l’intuition que nos certitudes en matière de pratiques « prodigieuses » ne seraient que des duperies ou mythifications favorables aux questions et aux expériences mystérieuses que l’être humain a la sensation de vivre ? L’enchantement du monde serait-il toujours espéré et en même temps repoussé par la raison matérialiste ?

Et bien qu’aujourd’hui l’hypnose soit régulièrement admise dans les hôpitaux, enseignée dans les universités de médecine, pratiquée dans les cabinets thérapeutiques et de coaching, l’opinion publique est partagée entre le désaveu et la fascination.

Comment peut-on se sortir de ce dédale de théories manquées et faillibles ? Je propose ici de me référer comme le dit Ernst von Glaserfeld au seul domaine de l’expérience, c’est-à-dire à ce que nous pouvons induire soit des faits vérifiables liés aux observations du fonctionnement du cerveau, aux analgésies et anesthésies pratiquées en hypnose clinique et aux autres phénomènes physiologiques ; soit à ceux plus énigmatiques de la psychosomatique et enfin des réalisations purement subjectives de l’esprit.

« Si toute connaissance est considérée comme un outil dans le domaine de l’expérience », tout ce qui arrive à l’être humain est du fait de sa capacité à le créer.

Un état naturel

On reconnait l’« état » d’hypnose dans une prédisposition d’états naturels de veille et de rêveries. États que nous connaissons tous lorsque, par exemple, nous regardons un feu de bois, un paysage  ou bien lors d’actions quasi automatiques comme manger, conduire, marcher ou encore durant la lecture d’un ouvrage, quand une phrase, un mot, un peu de fatigue nous plonge dans le « vide » et l’abstraction.

La méditation, le repos, la fatigue, l’ennui, la surprise, la stupeur, la fascination provoquent une suspension de la conscience du quotidien.

On a pu observer que c’est dans cet état d’abstraction de la conscience que l’esprit continue à travailler, enregistrer, réordonner, chercher et, libéré des axiomes de la conscience il peut se frayer un chemin vers des solutions ou réflexions inédites. C’est en prenant son bain qu’Archimède aurait trouvé sa théorie appelée « La poussée d’Archimède », le chimiste russe Mendeleïev, aurait eu l’idée de la classification périodique des éléments, dans un rêve, Descartes aurait reçu l’intuition de son Discours de la méthode dans un songe et Kékulé  rêvé la formule du benzène.

Ici, si on devait changer le terme hypnose, on pourrait alors le remplacer par les expressions de « veille paradoxale », « suspension de la conscience du quotidien », « vacance de la conscience », « heuristique spontanée »…

Quand dire c’est faire, quand imaginer c’est être

Il arrive assez souvent que l’on confère au praticien des pouvoirs surnaturels, un contrôle ou la maîtrise d’une manipulation. Il est de fait, cependant, que la pratique se confond très souvent avec la suggestion, l’injonction et l’influence verbale et non verbale. Je me suis souvent demandé comment faire la différence entre l’influence et l’état d’hypnose. Il y a, en, effet, des suggestions et même de la manipulation dans la pratique de l’hypnose mais celles-ci ne sont pas, selon moi, réductibles à sa pratique.

Quand dire c’est « faire » ! Cela ne suffit pas dans l’expérience de l’hypnose ; la suggestion qu’elle soit directe ou indirecte n’agira qu’à partir du moment où elle active l’imagination. Il est, en effet, essentiel d’expérimenter à partir d’une l’imagination « opérante » ou d’une simulation de la réalité (voir à ce propos l’ouvrage de Roland Jouvent, Le cerveau magicien ».

L’efficacité de la simulation et l’hypnose viennent de l’initiative de créer toutes les conditions dans son esprit : les imaginer, les vivre de manière spécifique et  intelligible, les ressentir…, entraînent l’activation des parties du cerveau qui correspondent de même à celles qui s’activent dans les faits et les actions objectives.

Ici, si on devait changer le terme d’hypnose, on pourrait alors le remplacer par les expressions « imagination opérante », « focalisation intelligible », « activation de représentations », « simulation de la réalité », « capacité puissante d’une autosuggestion », « moyen d’accéder aux ressources non-conscientes, de contourner les blocages et de permettre l’émergence de nouveaux comportements plus créatifs et plus stratégiques » …

L’hypnose – son processus – est un outil d’exploration dans la mesure où il place le sujet dans la situation de s’observer lui-même en lui-même, par le double mécanisme qui est la survenue d’une « dissociation ». S’imaginer sa vie, ses expressions, ses mouvements, ses pensées, créer de nouvelles données, les rendre intelligibles et possibles. Le processus s’active à partir de modes d’expression autant affectifs que cognitifs et l’exacerbation de l’ensemble des canaux sensoriels  (visuels, auditifs et kinesthésiques). L’imagination amplifie, exacerbe, se sert de symboles, de métaphores et permet l’ouverture à un champ de représentation plus vaste et plus lucide.

Agir dans son cerveau

Observé par le monde des scientifiques, grâce aux avancées des neurosciences (voir l’IRMF et TEP), son étude, ses conditions et son utilité sont désormais constatés et manifestes. Les recherches démontrent, en observant les activités cérébrales, que l’hypnose n’est pas du sommeil. En effet, la zone correspondant au sens analytique critique reste active, tout en étant supplantée par la zone cérébrale du rêve et de l’imagination qui la domine.

Quand l’état hypnotique est guidé, il s’agit alors d’utiliser une propriété puissante de l’esprit. Le praticien sait que toute hypnose est auto-hypnose et que pour qu’elle agisse, il est nécessaire de considérer la subjectivité de la personne et travailler à partir de ses schémas les plus intériorisés pour l’amener à s’aventurer vers ceux dont elle n’a pas l’habitude.

Ici, si on devait changer le terme d’hypnose, on pourrait alors le remplacer par les expressions : « aptitude de l’individu à développer ses capacités et ses potentialités neurophysiologiques », « accès à une intériorité non-conscientisée, lieu de ressources et d’habiletés considérables »…

L’hypnose dans le vent

Il est essentiel de chercher, avant tout, à diriger l’esprit vers sa propre orientation, c’est la maïeutique « ironique » de l’esprit. Socrate employait l’ironie (ironie socratique) pour faire comprendre aux interlocuteurs que ce qu’ils croyaient savoir n’était en fait que croyance.  Ici la maïeutique permettra au sujet de commencer par se défaire de ses paradoxes, de ses névroses sans pour autant chercher à les comprendre mais dont le but est de trouver d’autres comportements, croyances ou idéaux tout aussi subjectifs mais plus idoines au confort psychologique.

Par ailleurs, la puissance de l’état hypnotique provient du fait qu’elle ne fait pas seulement comprendre mais aussi vivre et ressentir. Elle donne, en effet, la capacité de se ressentir et de s’expérimenter autrement et de s’absorber dans la vie même. Le corps y participe, bien vivant, perceptif, dans son vouloir être. « Chaque fois qu’il arrive avec la plus grande perfection d’exactitude, de penser ce que l’on pense, de sentir ce que l’on ressent, d’éprouver ce que l’on éprouve, on entre dans la vie du monde et on participe à sa puissance ». En deux mots, nous devons simplement « être dans la vie », dit François Roustang. La forme fait écho au fond.

Bertrand Picard, psychiatre et psychothérapeute, a développé une approche métaphorique très pertinente dans ses articles et ouvrages. Selon lui, le mouvement de la vie pourrait être comparable à un vol en ballon (montgolfière). Dans ce ballon, nous sommes parfois en prise avec les vents, ses courants, ses changements de direction et de vitesse. L’atmosphère est composée de plusieurs strates de vent superposées les unes sur les autres comme un millefeuille, d’épaisseur variable, de vitesse variable, de direction variable ; c’est au pilote de choisir la voile du vent, d’y placer son ballon en montant ou en descendant et d’atteindre l’espace souhaité qui va dans la direction souhaitée.

De même, le philosophe, Emmanuel Kant,  fait une analogie avec  le vol de l’oiseau qui sans la résistance des courants, ne pourrait pas voler ; ainsi voler librement pour la colombe, c’est s’adapter et se glisser dans les interstices du vent.

Dans ce vol ou cet envol comme dans le cours de la vie, la seule chose que nous pouvons contrôler serait alors « l’altitude » que l’on prend. Ainsi, le changement, l’évolution, ne peuvent faire fi ou abolir certaines contraintes.

Dans notre existence, face à des obstacles, nous aurions tendance à nous « battre », à tenter de les contrôler à forcer une autre direction. Cependant, Bertrand Picard, comme la philosophie des taoïstes nous démontrent que rien ne sert de lutter. Changer serait alors simplement s’adapter, en faisant preuve d’ingéniosité, de stratégie et de créativité.

Ne rien faire et que rien ne soit pas fait

« Être dans la vie », c’est être « sans-vouloir »,  c’est aller au gré du vent et de l’atmosphère. Le but reste à l’horizon du regard et les moyens sont multiples. Et même si retiré dans son ciel, l’idéal est inaccessible, quand on plonge dans les anfractuosités de son esprit, quand va avec la situation, on réagit avec peu d’effort, de la souplesse et de la fluidité pour beaucoup d’effet.

Il suffit quelques fois de faire disparaître des questions pour mieux observer et composer avec les réponses qui se présentent.

En somme, pour nous, la pratique de l’hypnose n’est pas un moyen, c’est une aptitude naturelle à retrouver. L’hypnose concède, tel le ballon ou la colombe d’aller dans la direction souhaitée en utilisant les ressources et potentiels des « inspirations » de l’esprit.  La veille paradoxale, la vacance de la conscience du quotidien permettent de transformer certains schémas austères et limitants pour accéder aux pouvoirs du corps que l’on conçoit ici comme la totalité des forces et des facultés connues et inconnues, qui sont en nous.

L’hypnose, existe bel et bien et ne requiert en définitive qu’une disposition : « celle de bien s’adapter au monde et à soi ».

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