Bipolarité des relations humaines

Bipolarité des relations humaines

L’idée de « bipolarité », c’est-à-dire la capacité ou faculté d’oscillation entre deux pôles, deux directions, est très présente dans les relations humaines. C’est un constat que chacun peut faire en observant ses propres relations humaines, et cela n’est parfois pas sans rappeler le diagnostic clinique de trouble bipolaire dans la classification psychiatrique.

Si nos relations humaines oscillent entre deux tendances, cela veut-il dire pour autant que celles-ci soient de nature pathologique ou relevant du traitement psychiatrique ?

Rien n’est moins sûr, mais à y regarder de plus près nous constatons que si le monde des relations humaines est, pour reprendre la belle expression du psychiatre et philosophe Ludwig Binswanger, « structure de renvoi de chose à chose… », c’est qu’il est peut-être question d’un aspect vivant, mouvant, oscillant, d’une même réalité : les relations humaines.

Nous sommes certainement conscients de cela, or nous avons souvent le désir que les bons moments se reproduisent à l’infini, que nos belles amitiés demeurent pour la vie, et nous nous sentons blessés ou frustrés lorsque les uns ou les autres changent de nature, évoluent, se modifient.

Qui alors des trois éléments du système demeure dans la fixation, la réification ? Nous, les autres, nos relations ? Nous comme les autres (nous) souhaitons ne pas vouloir l’intervention du changement dans des relations qui nous enrichissent, nous portent ou nous apaisent.  C’est très humain cette affaire là qui consiste à ne pas vouloir se confronter aux doutes, aux angoisses, aux remises en question.

Chacun aime et chérit son confort.

Nous venons pourtant au monde, et c’est bien là notre première et plus marquante expérience que nous avons avec le principe de réalité, par un changement d’univers et d’état qui se produit dans la violence et la souffrance, par l’abandon d’un monde donné qui semblait acquis pour toujours à l’acquisition d’un monde nouveau qui était, quelques instants au préalable, inenvisageable.  C’est pourtant notre plus authentique condition d’évolution : s’arracher à un présent matriciel, enveloppant et protecteur, mais tout aussi instable, qu’éphémère, ou trompeur._

La bipolarité n’est pas le trouble bipolaire_

Le trouble bipolaire se caractérise par « la fluctuation anormale de l’humeur, oscillant de périodes d’euphorie marquée (manie) à des périodes de dépression ou caractérisé par un état maniaque« , alors que la bipolarité dont je fais mention ici caractérise les mouvements ou déplacements réels qui s’opèrent dans et par nos relations humaines. Ceux-ci peuvent s’appréhender comme deux ensembles de diades qui donneraient le tempo de la vie : la cadence à deux temps est bien ce qui caractérise et convient tout autant au trouble bipolaire qu’à la bipolarité dans les relations.

Première diade : constituée de deux formes de mouvements d’ascension et de mouvements circulaire ou ce que nous qualifierons dans les relations humaines d’évolution, d’involution ou révolution.

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1. Lorsque nous pensons qu’une personne a progressé dans un domaine de sa vie, que sa situation a favorablement changé, nous disons d’elle qu’elle a évolué : c’est-à-dire qu’elle a quitté un certain niveau pour un niveau d’ordre supérieur : il s’agit de la bipolarité d’ordre ascensionnelle ou hiérarchique. (figure n°1)

2. A l’inverse, lorsque nous pensons qu’une personne a régressé , ou bien stagne dans un domaine de sa vie, que sa situation a défavorablement changé, nous disons d’elle qu’elle ne progresse pas , qu’elle va de mal en pire etc,etc. Elle quitte -très provisoirement- un certain niveau pour revenir au même niveau : il s’agit de la bipolarité révolutionnaire, au sens de révolution (tourner autour de…pour revenir au point de départ).  Dans la communauté des sous-mariniers, cette manœuvre se nomme « Yvan le fou ».  Le sous-marin effectue alors un tour complet sur sa trajectoire, le plus souvent pour vérifier ses arrières. (figure n°2)

 Deuxième diade : constituée de deux formes de mouvements proches de ceux du fonctionnement de notre cœur que nous qualifierons, par commodité, de diastolique et systolique.

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1. Les phases diastoliques correspondent aux périodes où nous nous ouvrons (expansion) à différents nouveaux univers (donc indirectement de nouvelles relations), ou personnes, qui ne composaient préalablement pas notre monde : il s’agit de la bipolarité expansive ou inclusive.

2. A l’inverse, les phases systoliques correspondent aux périodes où nous nous replions sur nous-même et sur notre monde existant (contraction) en « coupant les ponts » avec certaines personnes ou univers qui composaient auparavant notre monde : il s’agit de la bipolarité systolique ou exclusive. Le schéma se lit comme suit, dans le sens des aiguilles d’une montre : 1) Je suis dans un état et rapport au monde donnés. 2) Je m’ouvre à 3 nouveaux univers dans les secteurs du sport, des loisirs et des cultures étrangères. Mon rapport au monde se développe (expansion) en s’enrichissant des apports. 1) Je me retire d’un des 3 univers, par exemple par désintérêt, mon rapport au monde se contracte d’une partie qui demeure exclue. Je peux rester en l’état un temps plus ou moins long, puis m’ouvrir à nouveau (2) etc,etc.

Le point commun avec le trouble bipolaire réside dans l’impermanence des états qui oscillent entre évolution et involution, inclusion et exclusion d’un monde donné.  Les relations humaines n’échappent donc pas, en ce sens, à cette règle de bipolarité.

Il ne s’agit pas de diagnostiquer, ni prendre en compte la dimension vésanique des relations, notre propos n’est pas ici la thérapie ; mais simplement constater ce mouvement bipolaire propre aux relations humaines, cette manière d’être et de faire, qui peut nous aider à comprendre pourquoi certains se rapprochent alors que d’autres s’éloignent et réciproquement.

Nous sommes ainsi car nous sommes des êtres qui habitons des mondes dans lesquels nous sommes à chaque fois jetés. Les ruptures ou les nouvelles rencontres entre personnes sont souvent affaire de mondes (re)perdus et de mondes (re)trouvés. Que sont les possibilités d’une existence en la matière ? Nul ne le sait, la vrai difficulté réside dans le fait même que toutes ces possibilités ne déclinent leur identité qu’à partir du passage, le « jeté » en elles. C’est la condition même de la liberté qui nous est remise et certainement la source d’angoisse et d’espoir la plus agissante en nous._

A propos de l'auteur, Norbert Macia

Norbert Macia - Crédits Photo : Pluma.fr

Norbert Macia est coach, formateur, facilitateur et conférencier bilingue. Il intervient en français et en espagnol, sur différents programmes de professionnalisation, facilitation, formation et coaching auprès d’entreprises nationales et internationales comme le groupe Airbus. Il a créé, en 2011, le réseau social interprofessionnel et francophone « Réseau Coaching », qui compte aujourd’hui près de 700 membres.

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Cet article a 3 commentaires

  1. Bonjour Norbert,
    Une approche intéressante que je découvre avec plaisir, mais qui me parait complexe et cloisonnante en rapport avec mon approche personnelle, bien sur.
    On va vers ce qu’on connait, même si cela nous a déjà fait mal. On voit les autres tels que l’on est, par ce que c’est notre reflet pour s’apercevoir ensuite qu’ils ne sont pas comme nous.
    Chaque être humain est différent et un ensemble de critères amène à changer plus sur la forme que le fond en s’instruisant, en revisitant sa façon de vivre, en voulant accomplir un rêve, etc.
    C’est en cela que s’opère des changements de compréhension et de synchronisation avec l’autre, tels que vous l’expliquez en parlant de bipolarité…selon ma compréhension.
    Pourquoi pas l’appeler ainsi dans certains cas…
    Merci et au plaisir de vous lire
    Nadine

    1. Bonjour Nadine,

      Vous avez en effet raison, je parle depuis la complexité et la phénoménologie qui sont deux approches du monde et des relations humaines qui me parlent. Je pense que cette manière d’aborder les chose peut certainement paraître cloisonnante pour vous comme elle sera potentiellement porteuse d’accès pour quelqu’un d’autre.

      Et, c’est précisément bien ce qui m’intéresse dans le fond, c’est pouvoir en parler et distinguer les abords et les détours, car dans le fond on pourrait presque dire que toutes les approches se valent en termes de relations humaines dès lors que nous tentons de comprendre l’autre approche qui est finalement toujours l’approche de l’Autre.

      merci d’avoir commenté et au plaisir de poursuivre l’échange.

      Norbert

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