L'art de coacher | kairós & Mètis

« Le coaching est-il un art de la relation ? » par Norbert Macia

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On pourrait être tenté de répondre par l’affirmative, si nous envisagions le coaching comme une habileté (un art et un métier). Toutes les formes de coaching ne se valent pas de même que tout coach peut avoir aujourd’hui sa propre idée du coaching, n’étant pas contraint légalement par le fait d’en avoir une seule et commune à tous. Nous pourrions aussi le dire comme je l’ai fait, à la Magritte : Ceci n’est pas un coaching !

 

L’art de coacher

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Toutes les déclarations communes sur ce que doit être un bon coach tendent, de mon point de vue, vers une pensée commune. Or, il n’y a rien de plus ennuyeux que la pensée commune et ce pour une raison très simple (qui peut-être se suffit à elle-même ) : un coach peut être « bon » un jour et « mauvais » un autre jour.

Je reprends donc ici à mon compte une formule quelque peu pédante et prompte à se glisser sous les couvertures glacées des livres d’experts, l’art de coacher, car il y a au fond quelque chose qui tout de même sonne juste dans ce que  pourrait être un supposé « art de coacher ».

En effet, tout comme pour un peintre ou un sculpteur, que serait donc un coach digne de ce nom sans ses connaissances techniques, certes, ses bagages universitaires et autres certificats, certes, sans sa volonté d’aboutir à un résultat et de s’en donner les moyens, certes, mais aussi et encore sans sa capacité à créer, dévoiler, ouvrir et questionner sa relation à l’autre, et de par l’autre, questionner sa relation à lui-même ? L’altérité n’est pas une voie unique ou une impasse, elle est toujours une voie à double sens de circulation.

Ou, pour paraphraser un de mes professeur, Ado Huygens, comprendre que tout comme dans l’art, il y a dans le coaching des différences entre « œuvre d’art », relation unique, inventive et authentique, qui ouvre un monde à partir d’elle-même, et reproduction artistique, faux-semblant, « trompe-l’œil », qui n’en ouvrent pas.

 

L’art de cocher : kairós & Mètis

 

Vous lisez bien. Il n’y a pas de faute de frappe. Je vous parle à présent de l’art de cocher chez les grecs, consistant principalement à faire un bon usage de la Mètis et du kairós  dans l’action de la conduite d’un char.

La mètis pour les grecs est quelque chose qui est de l’ordre de l’ « efficacité pratique », « la recherche du succès dans le domaine de l’action  » (1). Elle est un mélange entre « sagesse et intelligence rusée ». Un des héros le plus représentatif de la mètis dans la mythologie grecque est Ulysse : le sage et rusé.

 Le kairós est quant à lui le « temps de l’occasion opportune », qui se différencie du temps linéaire, du temps qui passe, du temps qu’il fait. Le kairós symbolise, pour reprendre l’expression chère au célèbre photographe français Henri Cartier-Bresson,  l’ « instant décisif ».

Mètis et kairós joints procurent au conducteur de char grec qui sait en faire un bon usage, un avantage certain sur ses concurrents : « Quand Pindare célèbre l’adresse de l’aurige Nicomaque, connu pour son habileté à conduire le char, il le glorifie d’avoir su « rendre aux chevaux toutes les rênes au bon moment. » (Ibid.)

Voilà bien en effet une manière de faire, un savoir-faire mêlé à un savoir-être, qui peut contribuer à ouvrir, aérer et redimensionner un échange dans une séance de coaching. La saisie de l’instant juste, l’occasion décisive d’un questionnement pertinent qui déstabilisera l’autre au point de lui permettre un réaménagement à neuf de son rapport au monde, à sa problématique.

Nous retrouvons là une dimension de « conduite » de l’échange sur un instant « T » qui permet à l’autre de retrouver des ressources, et ainsi avancer vers une élaboration autre lorsque cela est nécessaire. Il s’agit de la dimension « phallique » dans le coaching, la lame qui touche juste et qui ouvre par une saine trouée ce qui était compact et plein. Tout n’est pas que réceptivité et écoute dans le coaching, et l’on peut passer des heures et des heures à écouter quelqu’un, y compris dans la plus grande empathie, sans l’aider le moins du monde à avancer d’un pouce.

Cette pratique du questionnement incisif ou de l’observation percutante ne peut naturellement se pratiquer à tort et à travers sans aucune pondération, ni adéquation, avec ce qui est entrepris. Car, alors la déstabilisation ne vaudrait que pour déstabiliser et n’aurait par conséquent aucun intérêt, ni aucune raison d’être.

Le bon usage du kairós et de la mètis peut prendre son sens dans un séance de coaching qui s’appuie elle même sur un programme préétablie. Nous devons impérativement savoir ce que nous faisons et où nous allons dans le coaching. Ce bon usage peut recouvrir un grand intérêt lorsqu’une personne évite, malgré elle, de prendre en mains les éléments qui lui permettraient d’élucider un problème. Alors, « La victoire sur une réalité ondoyante, que ses métamorphoses continues rendent presque insaisissable, ne peut être obtenue que par un surcroît de mobilité, une puissance encore plus grande de transformation. » (Ibid.)

Revenir et dépasser ce que le philosophe allemand Edmond Husserl appelait  « manteau d’idées qui recouvre le monde », pour pouvoir saisir le réel de ce qui est, au moment où ce réel produit ses effets, en lieu et place de rajouter de la pommade au rasoir. Peut-être arriverions-nous alors à nous mettre sur le chemin de ce que pourrait être l’art de coacher.

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Bibliographie  recommandée

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1. Les ruses de l’intelligence, La mètis des GrecsMarcel Detienne, Jean-Pierre Vernant, Éditions Flammarion, Collection Champs essais, 1974

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L’auteur

Norbert Macia, éducateur sportif de son premier métier, après 10 années d’expérience dans le secteur du sport et des loisirs, Norbert Macia se reconvertit, en 2006, au coaching professionnel auprès des particuliers et des entreprises. Diplômé de l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence en 2005, il s’oriente vers un troisième cycle universitaire en coaching qu’il obtient en 2006 à la Faculté d’Économie Appliquée d’Aix-en-Provence.

[Portrait de Norbert : Studio Italiano.fr]

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Mise en ligne : 02 juin 2013

Cet article a 2 commentaires

  1. Bravo Norbert,
    Je ne connaissais pas kairós & Mètis, merci.
    Je relaie.
    Au plaisir

    1. merci à vous Nadine. Au plaisir

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